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Cahier de doléances

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Contribution n° 570419

  1. Y a-t-il d'autres points sur la transition écologique sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ?

    Plusieurs problèmes rentrent en conjonction en ce début de XXIe siècle : la baisse de la biodiversité, la stagnation des rendements agricoles et le réchauffement climatique. Plutôt que de traiter séparément ces différents problèmes, il est plus judicieux de les traiter de manière globale en mettant en relation les solutions. Une manière, sinon la seule, de résoudre ces problématiques ensemble est de mettre en œuvre l’agriculture de conservation bio-logique. L’agriculture de conservation repose sur le non travail du sol, l’allongement des rotations, une couverture permanente du sol, l’utilisation de la biodiversité comme solution des différentes problématiques rencontrées par les agriculteurs (trices). L’agriculture conventionnelle repose sur le travail du sol pour créer un sol suffisamment fragmenté pour permettre aux racines de pousser facilement et d’avoir accès à l’oxygène. Cette agriculture repose également sur l’usage des produits phytosanitaires survenant du fait du travail du sol : herbicides pour traiter les levées de dormance des graines d’adventices occasionnées par le travail du sol, fongicides pour traiter les attaques fongiques liées à l’affaiblissement des plantes et à l’appauvrissement de la flore fongique induisant une sélection des organismes fongiques opportunistes et pathogènes, insecticides pour traiter les insectes ravageurs qui sont généralement plutôt des équarisseurs de plantes malades ou affaiblies par les carences et les problèmes survenant avec le travail du sol. Dans un environnement normal, les organismes à la surface du sol (la pédofaune) se nourrissent des débris de végétation morte qui tapissent le sol, en particulier les vers de terre anécique et épigés (mais aussi les collemboles, les cloportes, les acariens, les mille pattes, les larves d’insectes, etc.) qui vont se nourrir des débris de végétation morte faisandée par les bactéries et les champignons et à demi mangée par tous les organismes déjà cités. Les vers de terre anéciques vont ensuite distribuer cette matière organique dans le profil du sol, mélangée au sein de leurs intestins avec de la terre, dans leurs déjections qu’ils déposent à la surface et dans les galeries, qui sont pour l’essentiel verticales. Les vers de terre endogés vont, eux, consommer les racines mortes des plantes et ne vont généralement pas voir la surface. Ils ajoutent de leur côté une porosité sur le plan horizontale. Cette matière organique va ensuite être redistribuée dans le sol au travers des réseaux mycéliens associés aux plantes (mycorhizes) ou non, sous forme de protéines constituant le squelettes des réseaux mycéliens qui vont avoir l’effet d’une colle sur les microparticules du sol et sous forme de protéines, d’acides aminés et de sucres à destination des plantes (et oui, les plantes consomment des acides aminés et les racines produisent même des protéases pour débiter en acide aminés les protéines qu’elles peuvent récupérer). Au niveau microscopique la matière organique présente dans le sol permet de coller les particules d’argile entre elles : les feuillets d’argiles et l’humus présentent globalement des charges négatives et la présence d’ions chargées positivement (les cations) comme le Ca2+ (les vers de terre ont une glande dans leur intestin qui sécrète des ions Ca2+), le Fe2+, Mg2+, etc. permettent de faire le pont entre la matière organique et les feuillets d’argile. Ce qui permet une plus grande résilience à la dissolution dans l’eau et qui explique la bonne stabilité structurale des sols forestiers. Au surplus, en servant de colle entre les particules de terre, la matière organique a pour effet de les espacer au niveau microscopique créant ainsi une microporosité qui fonde ce qu’on appelle la Réserve Facilement Utilisable en eau (RFU) et la Réserve de Survie difficilement accessible (RS) (mais facilement accessible si la plante est mycorhizée, les filaments mycéliens ayant un diamètre plus petit que la plus petite des radicelles) avec la percolation de l’eau de pluie au sein du sol. Les praticiens de l’agriculture de conservation ont tous noté, et cela a été établi par des profils de sol sur des parcelles expérimentales, que l’augmentation du taux de matière organique dans leurs sols s’accompagne de l’augmentation de la réserve utile en eau. Cela explique également que les sols forestiers puissent absorber 150 mm/h avant saturation via la pénétration de l’eau par les galeries de vers de terre (ils sont partiellement amphibies) et la percolation de l’eau à travers la microporosité. D’autre part comme on l’a dit, l’humus est plutôt chargé négativement et comme dans un sol, la concentration en matière organique diminue avec la profondeur, cela fait que sur le plan électronique, le potentiel électrique augmente avec la profondeur (le sol est de plus en plus oxydé). Comme les cations ont tendance à migrer vers les potentiels faibles (vers les charges négatives), cela permet d’éviter la lixiviation (migration vers le bas avec l’eau) de ces cations. Ils sont maintenus à flot en quelque sorte. Les processus biologiques des plantes étant réglés par des processus électrochimiques, les plantes vont fonctionner avec des valeurs de potentiel spécifiques (en gros, entre 300 et 500 mV) et quand leurs racines vont s’étendre vers le bas, dans des domaines de potentiels plus haut que ce que leur fonctionnement peut supporter, elles vont transférer des produits de la photosynthèse dans les racines pour abaisser le potentiel autour de celles-ci de manière à ce qu’elles puissent opérer dans un milieu satisfaisant sur le plan électrochimique. Les racines vont avoir différentes tâches à savoir collecter les ressources nécessaires au développement de la plante mais aussi servir de surface d’échange avec les champignons via les mycorhizes mais aussi avec les communautés bactériennes. Pour cela, les racines sécrètent des exsudats qu’on appelle la rhizodéposition. Il va y a voir des enzymes comme les protéases pour débiter les protéines, des acides organiques pour traiter le minéral et le vivant, des sucres, des vitamines, des molécules complexes utilisées comme messagers chimiques avec les mycorhizes ou les bactéries ou alors, prises en charge par les mycorhizes, d’autres molécules qui vont servir à ‘‘dialoguer’’ avec les autres plantes. Les communautés bactériennes se formant autour des racines ont en quelque sorte le même rôle que celle dans nos intestins. Elles vont aider à la ‘‘digestion’’ de ce qu’il y a dans le sol. Evidemment, plus on va aller en profondeur dans le sol, plus l’oxygène va être rare ce qui fait qu’en surface, on va trouver des bactéries fonctionnant en mode aérobie et en profondeur, on va trouver des bactéries qui fonctionnent en mode anaérobie. Cet aspect du fonctionnement des racines est extrêmement important dans la vie des plantes étant donné qu’elles y consacrent en moyenne 20 à 50% de leur photosynthèse. Dans des sols travaillés intensivement comme les sols labourés et dans une moindre mesure les sols en TCS (techniques culturales simplifiées), le recyclage de la matière organique est interrompu. En effet, les résidus végétaux sont généralement enterrés, privant de nourriture la pédofaune et les vers de terre anéciques (en plus, leurs galeries et celles des endogés sont détruites) et comme le sol est ouvert, l’oxygène y entre à flot, cela activant la consommation de la matière organique par les bactéries jusqu’à ce que les micronutriments contenus dans la matière organique soient sous forme minérale. Dans ces conditions, le stock de matière organique diminuant, la microporosité disparait, contribuant à asphyxier le sol et rendre encore plus nécessaire le travail du sol. En même temps, le sol se compacte, ce qui fait qu’il devient progressivement de plus en plus difficile à travailler et qu’il faut mettre de plus en plus de puissance pour faire ces opérations. Tandis que dans des sols dont les taux de matière organique augmentent progressivement, les paysan(ne)s diminuent au contraire progressivement la pression employée pour faire rentrer les outils de semis dans le sol. L’eau ayant de plus en plus de mal à pénétrer dans le sol (par exemple, il y a des sols cultivés qui n’admettent plus qu’1 mm/h avant saturation), celle-ci va se mettre à stagner et ruisseler. Au passage, quand l’eau ruisselle au lieu de pénétrer dans le sol, c’est autant qui vient gonfler les rivières avec des conséquences de plus en plus souvent catastrophiques voire dramatiques en cas de fortes pluies et c’est autant de moins qui vient recharger les aquifères. Comme il n’y a plus de lien entre les particules de terre au stade ultime, les éléments fins de l’argile sont solubilisés dans l’eau et s’ils ne sont pas emportés dans les rivières, ils vont rester en suspension jusqu’à ce que l’eau se soit évaporée puis vont alors retomber formant une croute de terre fine qu’on appelle une croute de battance. Celle-ci contribue à l’asphyxie du sol en empêchant l’air de pénétrer dans le sol et cela évidemment gêne énormément la germination des graines qui ont besoin d’avoir accès à une atmosphère saturée en humidité (certains appellent cela le ‘‘brouillard de sol’’) dans le sol pour pouvoir germer. Une fois partis les éléments fins, l’eau de pluie peut commencer à emporter le reste et donc s’attaquer à ‘‘l’os’’ du sol en l’érodant. On peut ainsi obtenir entre une parcelle en labour et une parcelle voisine en TCS depuis 20 ans un différentiel de niveau de 20 cm (c’est évidemment la parcelle en TCS qui est la plus haute). Au moins, ça permet de connaitre la limite précise de la parcelle. Dans d’autres parcelles, l’érosion cumulative est telle que la surface du sol atteint le lit rocheux (par exemple, il n’y a plus que 10 cm de terre). Dans ce cas, il n’y a plus rien à faire pour sauver ces parcelles spécifiques mis à part planter des arbres pour faire de l’arboriculture, peut-être. Ce processus prend plus ou moins de temps selon les conditions pédoclimatiques et la plus ou moins grande intensité du travail du sol. Chez nous, cela prend 30 ou 40 ans, en Suède, ça prendra 100 ou 200 ans et sous un climat équatorial, cela ne prend que quelques années en raison de la brutalité du climat avec des pluies intenses et des hautes températures démultipliant l’activité bactérienne dans le sol. Mais les méfaits du travail du sol ne s’arrêtent pas là. Les outils de travail de sol créent par leur passage, ce qu’on appelle des semelles de compaction du fait du lissage du sol par l’extrémité des outils. On peut en faire avec les socs de charrues, les disques de cover-crop ou les lames des herses rotatives. Ainsi on peut trouver des sols avec les trois semelles de compaction, en partant du plus profond au plus superficiel : 35 cm, 20 cm et 5 cm. Bonne chance pour faire pousser quelque chose là-dedans. Ces semelles ont pour effet de faire barrage à l’infiltration de l’eau, ce qui fait que quand il pleut et que l’eau ne s’écoule pas, la parcelle se transforme en piscine de boue liquide qui n’est pas vraiment favorable à la croissance des cultures (les racines sont asphyxiées). Puis les racines ne peuvent pas se déployer vers le bas, ce qui est une absurdité, surtout quand on a une bonne épaisseur de sol. En général, les blés peuvent faire des racines jusqu’à 2 m de profondeur, les maïs, jusqu’à 1m50 et ainsi de suite. Contrairement à ce qu’on professe dans les lycées agricoles, du moins ce qu’on professait avant le changement de référentiel, la couche arable ne se limite pas aux trente premiers cm du sol. Les plantes étendent aussi profondément leurs systèmes racinaires pour aller chercher la réserve utile d’eau présente dans la profondeur du sol. Pour ce faire, elles empruntent toujours le chemin de moindre résistance, par exemple, les galeries de vers de terre anéciques. Comme, en outre de laisser leurs déjections à la surface du sol sous forme de turricules, ils les laissent aussi dans leurs galeries, les racines, empruntant ces galeries pour aller chercher l’eau en profondeur, profitent au passage des friandises laissées par les vers de terre. Le résultat pratique pour les praticien(ne)s de l’agriculture de conservation est que non seulement ils(elles) augmentent la perméabilité du sol en l’enrichissant en matière organique par le travail des vers de terre mais au surplus ce travail permet la perforation et l’élimination progressive des semelles de compaction (ils(elles) laissent les résidus de culture à la surface du sol) et cela crée des chemins pour les racines leur permettant d’aller chercher l’eau qui a pénétré dans le sol. De cette manière, à situation pédoclimatique identique, ils(elles) peuvent faire l’impasse partielle ou complète sur l’irrigation d’une culture comme le maïs quand leurs voisins sont obligés de faire 3 passages d’arrosage ou que en situation d’interdiction d’arrosage, les cultures des voisins sont grillées tandis que les leurs passent l’épisode tranquillement. Cela permet d’envisager une meilleure gestion globale de l’eau par une meilleure pénétration de l’eau dans les sols et donc une meilleure recharge des aquifères/un meilleur contrôle de l’hydrologie et moins d’inondations. D’un point de vue bactériologique et électrochimique, le travail du sol est également mauvais pour les plantes. D’abord, quand on laboure, on va renverser la stratification du sol : la surface se retrouve enterré et la couche la plus profonde de la zone labourée exposée à l’air. Le premier résultat est l’enterrement des bactéries qui fonctionnent en mode aérobie et on expose à l’oxygène des bactéries fonctionnant en anaérobiose. On perturbe donc énormément les communautés bactériennes qui sont essentielles pour la vie d’une plante. Comme les sols intensément travaillés ont tendance à se refermer et s’asphyxier, on va finir par sélectionner des communautés bactériennes opportunistes et fonctionnant en fermentation, ce qui peut déclencher des pathologies racinaires chez la plante. Le second résultat est que de cette manière, on inverse la polarité du sol : l’horizon humifère avec un potentiel faible se retrouve en bas au lieu d’être en haut et inversement pour la partie la plus oxydée du profil. Comme les cations, donc les espèces chargées positivement, sont attirés par un environnement chargé négativement, les cations vont avoir tendance à migrer vers le bas quand ils en ont l’occasion en étant remis en solution par la percolation de l’eau dans le sol. C’est ce qu’on appelle la lixiviation. Le résultat, c’est comme on le sait la perte de cohérence du sol mais aussi l’apparition de carences et des pathologies associées chez les plantes du fait de la disparition des micronutriments (ça ne se limite pas à N,P, K et S). Ensuite, les plantes, qui normalement débutent leur cycle de vie dans un milieu de faible potentiel, se retrouvent à devoir gérer leur croissance dans un milieu fortement oxydée. Elles font alors ce qu’elles ont l’habitude de faire, à savoir produire des molécules qui vont faire baisser le potentiel autour des racines mais là elles doivent le faire d’une manière beaucoup plus intensive, ce qui fait que cela obère leur capacité à faire des feuilles, à faire des thalles, à faire des fleurs et à fructifier, bref à produire et à avoir un cycle de vie normale ce qui fait qu’on a des plantes d’ores et déjà affaiblies. Ensuite, quand les molécules destinées à faire baisser le potentiel ont été utilisées, celles-ci deviennent des déchets oxydés que les plantes vont stocker dans les parois cellulaires. Et c’est là qu’interviennent les organismes fongiques : ceux-ci vont commencer à consommer les parties oxydées de la plante (ils aiment bien ce qui est oxydé) et ils le feront d’autant plus que la plante aura été obligée de faire baisser le potentiel du sol autour des racines. C’est ainsi que les plantes cultivées dans un système labour, étant en plus généralement carencées en micronutriments, sont très souvent atteintes d’affections fongiques. Et étant malades, les plantes vont émettre des signaux chimiques volatils spécifiques de leur état, ce qui va attirer des insectes équarisseurs qui vont s’en prendre aux plantes. Donc, l’agriculteur (trice) sera nécessairement obligé(e) d’utiliser, outre des fongicides, des insecticides. A contrario, quand on passe en agriculture de conservation, on observe non seulement une baisse des affections fongiques (et donc de l’utilisation des fongicides) en plus d’une baisse du potentiel électrique du sol avec l’enrichissement en matière organique. Au surplus, le fait de laisser les résidus à la surface permet également un enrichissement de la flore fongique, ce qui contribue à réduire la place laissée aux organismes fongiques pathogènes. Tout cela conduit à une amélioration de l’état sanitaire des plantes et entraine une baisse des attaques d’insectes équarisseurs et donc à une baisse de l’utilisation des insecticides (de toutes façons, en agriculture de conservation, afin d’avoir une pédofaune active pour décomposer les résidus de végétaux, les agriculteurs (trices) font généralement l’impasse sur les insecticides et ça passe très bien). En outre de ce type de problème sanitaire, le renversement des horizons du sol a aussi pour effet de remettre en condition de germination des graines qui avaient été enfouies expressément pour éviter leur germination et qui étaient passées en dormance. Il y a même des graines d’adventices qui ont besoin de ce passage pour pouvoir germer. Le résultat, c’est qu’invariablement, l’agriculteur (trice), après avoir fait sa reprise de labour pour émietter le sol et faire le lit de semence, est confronté à des levées de dormance de graines d’adventices, qui nécessitent soit un surcroit de travail mécanique superficiel (pour l’agriculture biologique/conventionnelle), soit l’utilisation d’herbicides pour l’agriculture conventionnelle). A contrario, dans le cadre de l’agriculture de conservation, comme les sols doivent être couverts en permanence, on met en place des couverts végétaux entre chaque culture. Le but, c’est de choisir des espèces qui vont couvrir le sol vite et densément pour étouffer la levée de dormance des adventices (mais pas que). Et en plus, comme le couvert est plaqué sur le sol pour faire place à la culture, il faut qu’il soit suffisamment haut pour que l’opération de roulage soit efficace et pour qu’il produise une quantité de biomasse suffisante afin que le paillage sur le sol soit suffisamment dense et persiste longtemps de manière à freiner la levée des adventices pendant le développement de la culture. Ce qui permet, quand le travail est bien fait, de réduire la consommation des herbicides, voire, dans certaines circonstances, de la supprimer (après tout, il y a bien des agriculteurs (trices) qui sont en agriculture biologique mais aussi en agriculture de conservation). Et en plus, on peut envisager d’associer la culture avec des plantes compagnes pour divers usages : couvrir le sol dans les intervalles dans le but de concurrencer d’éventuelles adventices, servir de plantes sacrificielles afin de détourner de la culture principale les attaques d’insectes, fournir de l’azote à la culture quand on met des légumineuses, faire des semences de couvert, augmenter le taux de protéines quand on cultive des céréales avec des légumineuses, attirer des insectes prédateurs par la présence de fleurs dans le couvert associé, etc. Dans le principe, quand on fait de l’agriculture de conservation, on va diversifier les cultures. La succession de différentes cultures va alimenter le sol via la rhizodéposition des différentes espèces végétales sans compter ce qui est fourni au sol par les plantes de couvert et les plantes associées à la culture. Ce qui fait que le sol se transforme en une sorte de réservoir de sucres, de protéines, d’acides aminés, de vitamines, d’enzymes et autres qui est d’autant plus diversifié que les espèces végétales se succédant sont nombreuses et cela constitue ainsi une banque alimentaire pour les plantes de culture. Au surplus, le développement des racines du couvert entraine un travail du sol par division de celui-ci (il suffit de chercher et de voir le chevelu racinaire de graminées des grandes plaines) ce qui contribue à créer un environnement favorable à la croissance racinaire des plantes de culture. D’un point de vue météorologique, la présence d’une couverture végétale vivante permanente (car en agriculture conventionnelle, il est extrêmement fréquent qu’une parcelle se retrouve nue en étant déchaumé entre deux cultures) permet de lisser l’hygrométrie de l’air dans une région donnée par l’évapotranspiration des plantes. Cela est susceptible de permettre une hausse des précipitations par rapport à une situation précédente où la présence de la végétation était intermittente, comme cela a pu se faire dans le nord des grandes plaines aux Etats-Unis. Les paysans avaient l’habitude de pratiquer ce qu’on appelle le ‘‘Summer Fallow’’ : replanter une céréale 1 an et 4 mois après la récolte et maintenir le sol nu pendant tout cette période. Les agronomes étatsuniens sont arrivés à persuader les agriculteurs d’introduire des cultures de printemps, de semer des couverts végétaux ou de pratiquer le semis direct. Le résultat a été une augmentation de l’humidité moyenne et une augmentation des précipitations lors de la période où se déroulent des événements convectifs (on va dire ‘‘les orages’’) avec une baisse des températures pendant l’été. Aussi, il ne faut pas s’étonner que, dans des régions où on va laisser nus des sols que ce soit pendant l’hiver pour faire des cultures de printemps comme le maïs ou pendant l’été entre deux cultures d’hiver ou entre une culture d’hiver et une culture de printemps, on puisse avoir quelque fois des problèmes pour avoir un peu d’eau de pluie alors que le reste du pays connait une vague de temps instable et des précipitations. Dans un système mature, on peut arriver ainsi à faire des assolements sans produits phytosanitaires et sans travail du sol. Les seuls travaux sont alors de détruire le couvert, semer la culture et ses plantes compagnes et récolter. On peut même envisager de réduire l’irrigation et à la lueur de tout ce qui est mis par les plantes dans le sol, de réduire les quantités d’engrais qui sont amenés à être utilisé. Vous l’aurez remarqué, dans une parcelle menée sous agriculture de conservation beaucoup de carbone sous forme organique est introduit dans le sol. Si l’apport de matière organique est supérieur à ce qui est consommé par les organismes fongiques, les bactéries et les plantes, le stock de matière organique va augmenter. Dans la pratique, le carbone représente environ 57% en masse de cette matière organique. Et donc, si dans une parcelle, on augmente le taux de matière organique dans le sol, cela est équivalent à une séquestration de CO2. Pour le moment, il n’y a pas de standardisation de la manière dont on va évaluer la quantité de matière organique dans le sol. Mais les chiffres d’évolution des taux de matière organique tel qu’explicité par les agriculteurs laissent à penser que les praticien(ne)s de l’agriculture de conservation peuvent ‘‘facilement’’ atteindre une séquestration de 9 à 10 t de CO2/ha/an. Appliqué mécaniquement aux 17,9 millions d’ha de grandes cultures en France, cela représenterait entre 161 millions et 179 millions de t de CO2 séquestrés par an. Sachant que les émissions de la France se situent à environ 450 millions de t de CO2/an, on peut penser que l’agriculture, dans ces conditions, serait susceptible de compenser une bonne partie des émissions de la France. La mise en œuvre de l’agriculture de conservation bio-logique est donc susceptible de répondre à plusieurs grands enjeux. Elle permet : - De réintroduire de la diversité dans les espèces végétales présentes dans les parcelles (moins que dans une prairie, par exemple). - De diminuer, voire de supprimer l’usage des produits phytosanitaires, cause, entre autres, de baisse de la biodiversité des insectes et de la faune consommant les insectes (mammifères, oiseaux) ce qui se traduit justement par le retour des insectes et des consommateurs d’insectes. - De réintroduire la biodiversité de la pédofaune. - De réintroduire la biodiversité de la flore fongique et des communautés bactériennes. - De diminuer les émissions de CO2 du secteur agricole/diminuer les charges de production. - De séquestrer du CO2 sous forme de matière organique dans les sols à une échelle comparable aux émissions du pays. - D’améliorer l’état des sols et donc de pérenniser l’agriculture française. - D’améliorer la gestion de l’eau dans le sol et de rendre inutile la plupart des projets de retenue d’eau pour l’irrigation/économie de deniers publics. - D’améliorer l’hydrologie des cours d’eau et, peut-être, de sécuriser la régularité des précipitations. Dans ces conditions, il est judicieux d’orienter l’agriculture française dans cette direction mais cela n’est pas évident et instantané. En effet, un sol matraqué, appauvri en matière organique, compacté est très impropre à la croissance de plante en raison du manque de porosité d’origine biologique, ce qui d’ailleurs rend nécessaire la création d’une porosité artificielle. Partant de là, il y a trois stratégies. Soit on diminue progressivement le travail du sol tant en terme de fréquence que de profondeur tout en implantant le maximum de couvert végétaux que ce soit entre ou pendant la culture. Mais cela peut prendre plusieurs années pour arriver au régime de croisière. En général, les agriculteurs font l’erreur de mettre en place le semis-direct sans mettre de couvert végétaux comportant notamment des légumineuses, ce qui est la cause de désagréments par des baisses de rendements. Soit on applique la méthode bourrin consistant à mettre une quantité importante de matière organique (Bois Raméal Fragmenté (BRF) ou paille de blé) en surface pendant plusieurs mois puis on retrouve alors un sol labourée par les vers de terre. Par exemple, au bout de deux ans, avec application de 20 cm de paille chaque année, on a un sol complétement noirci jusqu’à une bonne profondeur et qui plus est, complètement grumeleux. Dans ce cadre, la parcelle n’est pas disponible pendant un certain temps, ce qui n’est évidemment pas viable pour une ferme en grandes cultures. Soit on enfouit une certaine quantité de BRF, par exemple avec un outil à disques, sur une bonne profondeur, genre 20 cm, puis on fait un semis normal en apportant la fumure nécessaire. Dans ce cadre, il faut en effet faire attention à la gestion de l’azote car la décomposition du bois par les organismes fongiques et les bactéries va prendre du temps et consommer de l’azote. Mais, si on ne touche plus au sol, une fois décomposé, le BRF va laisser des vides dans le sol dont les plantes vont user pour faire passer leurs racines. Au-delà du problème du démarrage sur le plan agronomique, se pose le problème de la formation des agriculteurs. Il existe des livres, des données disponibles sur internet, des forums de discussions et des vidéos de conférences et de témoignages relativement à ce sujet (par exemple, la chaine youtube ‘‘ver de terre production’’). Mais, les professionnels peuvent avoir envie d’avoir affaire à un contact humain, avoir des échanges directs pour avoir des réponses qu’ils ne retrouvent dans ce qu’ils(elles) peuvent trouver comme information. Cela suppose des déplacements, voire l’inscription dans des réseaux ou des formations. Ensuite, il faut avoir soit le matériel adapté, soit bricoler le matériel qu’on a, acheter des semences de couvert, etc. Tout cela coûte de l’argent et quand on est sur le plan économique sur le fil du rasoir parce que les cours des différentes productions sont bas et de l’autre les charges de production sont hautes parce que le travail de l’agriculture conventionnelle coûte cher en fuel, en réparation mécanique et en produits phytosanitaire, on n’a pas vraiment l’opportunité de pouvoir investir dans du matériel ou du bricolage ou de la formation, etc. Les différents objectifs de la transition écologique (lutte contre le réchauffement climatique, lutte contre l’effondrement de la biodiversité, pérennisation de l’agriculture) relèvent de l’intérêt national. Dans ces conditions, il n’y a que l’Etat, et non l’entité qu’on appelle ‘‘le marché’’, qui peut investir et financer la transition écologique de l’agriculture française. Si l’on suppose (dans un monde imaginaire) que l’ensemble des 17,9 millions d’ha de grandes cultures (l’agriculture de conservation peut aussi s’appliquer, différemment, dans les vignobles et les vergers) démarrent simultanément la transition écologique telle qu’on peut l’envisager ci-dessus, il en coûterait pendant les 5 ans de transition, avec une aide se montant à 280 euros/ha/an, de l’ordre de 5 milliards d’euros/an. Où pourrait-on trouver de l’argent ? Tout simplement, en divertissant 5 milliards d’euros des récents allégements de charges issus de la conversion du CICE en allégements de charges sociales. Les entreprises n’en bénéficiaient pas avant et cela ne les empêchaient pas de vivre. Donc, on ne voit pas très bien pourquoi cela les léseraient de ne plus bénéficier d’une partie de ces nouveaux allégements. Par contre, si ça ne cadre pas avec les aides européennes de la PAC, à ce moment-là, il faut l’inclure dans les négociations de la PAC et proposer que cela puisse s’appliquer également aux autres Etats européens. Et au surplus, il serait sympathique que l’on change de paradigme par rapport à la définition de la PAC. A savoir que les ‘‘aides’’ deviennent des compensations pour services rendus. Après tout, c’est bien grâce aux agriculteurs (trices) que l’on a quelque chose dans notre assiette.